Archives mensuelles : avril 2012

A une passante

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Quand je serai grande

Quand j’étais petite, j’aimais bien me montrer. Je faisais des grimaces, des blagues, je racontais des histoires, je parlais fort, j’essayais de me faire remarquer, de porter toute l’attention sur moi. Et dans ma chambre, je me regardais des heures dans la glace. Je parlais toute seule, j’essayais avec mon visage d’exprimer des émotions. Quand j’étais en moyenne section de maternelle déjà, je lisais des livres à mes camarades de classe, et j’adorais mettre le ton et l’intonation. Quand j’étais petite, j’avais toujours une super note quand il fallait réciter un poème devant la classe parce que je m’étais entraînée pendant des heures en revivant dans ma tête la situation du poème. Je m’amusais à interpréter L’heure du crime, Le cancre ou Demain, dès l’aube à la maison. Des envolées lyriques et des grands gestes pour en faire trois tonnes… Enfant déjà, j’avais une âme d’enfant.

Quand j’avais 7 ans, l’occasion s’est présentée à moi de faire du théâtre au conservatoire municipal (parce que je faisais partie du centre de loisirs juste à côté). Pour mes proches, ça paraissait comme une évidence, ils étaient sûrs que le théâtre me plairait. Je me suis lancée par curiosité. Tous les mercredis, j’ai donc suivi des cours de théâtre avec les autres du centre de loisirs ; on devait être une vingtaine. Et c’est vrai que je m’amusais bien. Notre prof, Jean-Luc, nous faisait faire des exercices à chaque fois différents. J’avais enfin trouvé un endroit où je pouvais m’exprimer librement, sans que mes parents se fâchent ou se lassent ou me rappellent à l’ordre. Je pouvais faire des grimaces, des blagues, je pouvais raconter des histoires, parler fort, me faire remarquer et porter toute l’attention sur moi sans que personne ne me freine. Lors de ma toute première représentation devant un « vrai » public, j’ai d’ailleurs fait ce que je faisais déjà devant mes camarades de classe : j’ai présenté à ma sauce L’Albatros.

Quand j’ai eu 8 ans, mes parents m’ont proposée de continuer le théâtre au conservatoire. J’ai dit oui.

Quand j’ai eu 9 ans, j’ai demandé à mes parents si je pouvais continuer le théâtre au conservatoire. Ils ont dit oui. Je crois que c’est cette année-là que j’ai commencé à préférer le mercredi à tous les autres jours de la semaine. Je crois que c’est cette année-là que j’ai commencé à prendre au sérieux cette activité. J’étais la seule du centre de loisirs qui continuait encore le théâtre. Depuis ma naissance j’avais essayé la gym, la batterie, la guitare, le patinage artistique, le football… Rien ne me plaisait autant que le théâtre.

C’est dans l’année de mes 10 ans qu’une idée a germé dans mon petit cerveau d’enfant encore pas très mature : et si je faisais de l’art dramatique mon métier de quand je serai grande ? Quand elles ont 10 ans, la plupart des filles veulent être chanteuse, danseuse ou actrice. Et j’en faisais désormais partie. L’idée d’être comédienne me plaisait plutôt bien, oui. Quand on me demandait si j’étais consciente des difficultés, du travail, de la motivation, de la dureté du monde artistique… Je faisais une tête du genre « What are you talking about ? Ah parce qu’en fait actrice ce n’est pas aussi simple et amusant que ce qu’il paraît ? »

Quelques mois en quête d’infos sur la question plus tard, j’avais découvert que le métier d’acteur n’était pas un métier tout rose, bien au contraire. Je me suis rendue compte également que le théâtre, ce n’était pas seulement de l’art mais aussi du business. Et ça, ça changeait tout dans ma conception de ce métier. J’ai appris que ce n’était pas évident de se faire connaître – surtout quand les parents ne font pas partie de ce monde-là –, qu’il fallait s’accrocher, que c’était un métier instable dont il était facile de perdre le contrôle, qu’il fallait du talent, qu’il fallait convaincre, travailler dur, répéter, re-répéter, que la concurrence était acharnée et rude, qu’il fallait se battre tout le temps, et qu’économiquement il fallait d’abord essayer d’en survivre avant de chercher à vouloir en vivre.

Quand j’avais 11 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là.

Quand j’avais 12 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là. Elle avait même grandi.

Quand j’avais 13 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là. Toujours aussi forte. Et même encore plus. Et même encore plus que plus. Là ça me paraissait comme une évidence. L’idée ne s’était pas délogée du coin « envies et projets » de mon cerveau. Quand on me demandait si j’étais consciente des difficultés, du travail, de la motivation, de la dureté du monde artistique… Je faisais une tête du genre « Bien sûr que je le sais. Vous savez, ce n’est pas une envie légère comme celles que l’on a à 10 ans ».

Aujourd’hui, j’ai 15 ans et demi. Je suis en 1ère Littéraire, option théâtre. En septembre 2012 je débute ma 9ème année consécutive de cours d’art dramatique au conservatoire. Je crois que je commence à avoir quelques bagages. Je ne suis pas apte à dire si j’ai du talent. En revanche je peux affirmer que je m’épanouis dans ce que je fais et que je suis prête à m’investir là-dedans pour le restant de mes jours. Je suis tout à fait consciente de ce qui m’attend et je sais que la partie n’est pas gagnée mais je mettrai le maximum de chances de mon côté.

On pourra dire ce qu’on veut. C’est plus fort que votre avis. C’est la plus grande de toutes mes envies. C’est ma plus grande raison d’être en vie. Quand je serai grande, je serai actrice.


J’arrête mon blog

J’arrête mon blog. Non pas que je n’y prenne pas beaucoup de plaisir. Seulement que ça m’occupe trop l’esprit et ça mange de mon temps. Je m’étais fixée des barrières à ne pas franchir : si le blog prend le dessus sur un travail prioritaire – les devoirs, par exemple –, j’arrête.
C’est un profond déchirement. Mais inévitable. Je n’arrive plus à faire la part des choses. Mon blog, c’est devenu une obsession. J’ai essayé de ralentir le rythme, essayé de me convaincre de faire d’abord ce qui est prioritaire sur le reste, essayé de lâcher un peu prise. Mais impossible. Je crois qu’il vaut mieux que j’arrête tout. Peut-être que je reprendrais dans quelques années, quand ma scolarité sera finie.
Le billet précédent, sur mon introspection de moi-même, j’ai trouvé que c’était une jolie façon de boucler la boucle. Une jolie façon de se dire au revoir.
C’était une formidable expérience. Très stimulante, enrichissante, drôle, parfois douloureuse même, quand il a fallu revenir sur des souvenirs difficiles. Mais une expérience qui me prenait trop de temps et qui empiétait sur le reste.
« Toutes les bonnes choses ont une fin », m’avait dit le connu philosophe-boulanger-pâtissier de la rue d’en face (cette fois en parlant de ses gâteaux). Et c’est vrai, je pourrais comparer mon blog à un gâteau. Croustillant, sucré, parfois écoeurant. Ainsi ce dernier billet serait comme la cerise sur le gâteau, celle qui met comme un point à la fin de l’œuvre.
Merci à vous tous.

Cerise finale


Se regarder dans un miroir

Se regarder dans un miroir et se trouver moche, ronde et boutonneuse. Et y voir là le reflet de son être.

Cette scène, je la connais bien. Pendant des années, j’y ai eu droit. Et pendant des années, les moqueries des autres ont accentué cette sensation. Pendant des années, j’ai su ce que ça faisait de se détester soi-même.

J’essayais de me convaincre de ne pas faire attention à ce que disaient les gens autour de moi. En vain… J’étais prisonnière. Alors on se renferme, on prend du poids, on se sent seul, on baisse la tête et les yeux, on devient exécrable, on n’ose plus sortir. Ma plus grande ennemie, c’était moi-même.

Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour ne pas mourir étouffée, ça a été de prendre du recul. Un recul à la fois physique et psychologique. Couper les ponts, tout raser, et trouver de nouveaux matériaux pour construire des ponts neufs et plus solides. J’ai refusé d’aller à un lycée aux Mureaux pour ne pas retrouver toutes les personnes qui m’avaient enfoncée encore davantage dans ma propre merde.

Oui. Car j’étais une merde qui baignait dans ses propres excréments. Pardon d’employer des termes si crus, mais je crois qu’ils décrivent plutôt bien la violence de mon mal-être à l’époque.

J’ai déjà abordé ce sujet-là, mais je me sentais d’en reparler : la remise en question sur soi-même. Ça ne se fait parfois pas tout seul. Moi, j’ai été aidée par une psychologue. Elle ne m’a jamais fait la leçon, la morale. A chaque séance, elle me demandait simplement un bilan de ma semaine : mes activités, mes rencontres… J’avais l’impression que mes parents se faisaient arnaquer en payant la psy. Et puis un jour, après plusieurs années de fréquentation, ma psychologue leur a dit qu’il était temps d’arrêter. Ça faisait quelques mois que les séances étaient plus espacées. Et c’est au moment où on a arrêté que tout a commencé, justement. Je faisais le bilan toute seule de ma semaine. Je me demandais à moi-même le ressenti de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai fait et dit aussi. Si je n’étais pas allée voir cette psy, je n’aurais peut-être jamais fait cela.

J’ai alors, petit à petit, tenté de changer les choses pour qu’elles me conviennent. J’ai commencé une marche vers un objectif à atteindre, celui de devenir ce que je voulais ÊTRE au plus profond de moi. Pendant des années, je n’étais pas. Je n’étais rien (sinon de la merde).

Mes perpétuelles remises en question m’ont permise de constater que j’ai réellement évolué depuis ce déclic. Il y a ceux qui ont accepté de me voir tant changer et en si peu de temps, et puis les autres. Je peux notamment mentionner ma sœur ou ma tante, qui ont l’air de refuser d’admettre le changement qui s’est opéré.

Mais pour ces personnes-là je ne peux rien y faire. Il n’y a pas que moi qui devrais me remettre en question.