Quand je serai grande

Quand j’étais petite, j’aimais bien me montrer. Je faisais des grimaces, des blagues, je racontais des histoires, je parlais fort, j’essayais de me faire remarquer, de porter toute l’attention sur moi. Et dans ma chambre, je me regardais des heures dans la glace. Je parlais toute seule, j’essayais avec mon visage d’exprimer des émotions. Quand j’étais en moyenne section de maternelle déjà, je lisais des livres à mes camarades de classe, et j’adorais mettre le ton et l’intonation. Quand j’étais petite, j’avais toujours une super note quand il fallait réciter un poème devant la classe parce que je m’étais entraînée pendant des heures en revivant dans ma tête la situation du poème. Je m’amusais à interpréter L’heure du crime, Le cancre ou Demain, dès l’aube à la maison. Des envolées lyriques et des grands gestes pour en faire trois tonnes… Enfant déjà, j’avais une âme d’enfant.

Quand j’avais 7 ans, l’occasion s’est présentée à moi de faire du théâtre au conservatoire municipal (parce que je faisais partie du centre de loisirs juste à côté). Pour mes proches, ça paraissait comme une évidence, ils étaient sûrs que le théâtre me plairait. Je me suis lancée par curiosité. Tous les mercredis, j’ai donc suivi des cours de théâtre avec les autres du centre de loisirs ; on devait être une vingtaine. Et c’est vrai que je m’amusais bien. Notre prof, Jean-Luc, nous faisait faire des exercices à chaque fois différents. J’avais enfin trouvé un endroit où je pouvais m’exprimer librement, sans que mes parents se fâchent ou se lassent ou me rappellent à l’ordre. Je pouvais faire des grimaces, des blagues, je pouvais raconter des histoires, parler fort, me faire remarquer et porter toute l’attention sur moi sans que personne ne me freine. Lors de ma toute première représentation devant un « vrai » public, j’ai d’ailleurs fait ce que je faisais déjà devant mes camarades de classe : j’ai présenté à ma sauce L’Albatros.

Quand j’ai eu 8 ans, mes parents m’ont proposée de continuer le théâtre au conservatoire. J’ai dit oui.

Quand j’ai eu 9 ans, j’ai demandé à mes parents si je pouvais continuer le théâtre au conservatoire. Ils ont dit oui. Je crois que c’est cette année-là que j’ai commencé à préférer le mercredi à tous les autres jours de la semaine. Je crois que c’est cette année-là que j’ai commencé à prendre au sérieux cette activité. J’étais la seule du centre de loisirs qui continuait encore le théâtre. Depuis ma naissance j’avais essayé la gym, la batterie, la guitare, le patinage artistique, le football… Rien ne me plaisait autant que le théâtre.

C’est dans l’année de mes 10 ans qu’une idée a germé dans mon petit cerveau d’enfant encore pas très mature : et si je faisais de l’art dramatique mon métier de quand je serai grande ? Quand elles ont 10 ans, la plupart des filles veulent être chanteuse, danseuse ou actrice. Et j’en faisais désormais partie. L’idée d’être comédienne me plaisait plutôt bien, oui. Quand on me demandait si j’étais consciente des difficultés, du travail, de la motivation, de la dureté du monde artistique… Je faisais une tête du genre « What are you talking about ? Ah parce qu’en fait actrice ce n’est pas aussi simple et amusant que ce qu’il paraît ? »

Quelques mois en quête d’infos sur la question plus tard, j’avais découvert que le métier d’acteur n’était pas un métier tout rose, bien au contraire. Je me suis rendue compte également que le théâtre, ce n’était pas seulement de l’art mais aussi du business. Et ça, ça changeait tout dans ma conception de ce métier. J’ai appris que ce n’était pas évident de se faire connaître – surtout quand les parents ne font pas partie de ce monde-là –, qu’il fallait s’accrocher, que c’était un métier instable dont il était facile de perdre le contrôle, qu’il fallait du talent, qu’il fallait convaincre, travailler dur, répéter, re-répéter, que la concurrence était acharnée et rude, qu’il fallait se battre tout le temps, et qu’économiquement il fallait d’abord essayer d’en survivre avant de chercher à vouloir en vivre.

Quand j’avais 11 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là.

Quand j’avais 12 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là. Elle avait même grandi.

Quand j’avais 13 ans, mon envie d’être actrice était pourtant toujours là. Toujours aussi forte. Et même encore plus. Et même encore plus que plus. Là ça me paraissait comme une évidence. L’idée ne s’était pas délogée du coin « envies et projets » de mon cerveau. Quand on me demandait si j’étais consciente des difficultés, du travail, de la motivation, de la dureté du monde artistique… Je faisais une tête du genre « Bien sûr que je le sais. Vous savez, ce n’est pas une envie légère comme celles que l’on a à 10 ans ».

Aujourd’hui, j’ai 15 ans et demi. Je suis en 1ère Littéraire, option théâtre. En septembre 2012 je débute ma 9ème année consécutive de cours d’art dramatique au conservatoire. Je crois que je commence à avoir quelques bagages. Je ne suis pas apte à dire si j’ai du talent. En revanche je peux affirmer que je m’épanouis dans ce que je fais et que je suis prête à m’investir là-dedans pour le restant de mes jours. Je suis tout à fait consciente de ce qui m’attend et je sais que la partie n’est pas gagnée mais je mettrai le maximum de chances de mon côté.

On pourra dire ce qu’on veut. C’est plus fort que votre avis. C’est la plus grande de toutes mes envies. C’est ma plus grande raison d’être en vie. Quand je serai grande, je serai actrice.

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À propos de Ameriquebecoise

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13 responses to “Quand je serai grande

  • Azenoooor

    Excellent, les rêves sont fait d’espoir et c’est ce qui nous motive, vivement le prochain !

  • Albert

    Un très beau billet. et oui, c’est important et sage de suivre ses rêves, de suivre son intuition. Comme l’écrivait Oscar Wilde : « La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit. »
    Intéressant également de regarder cette petite conférence donnée par Vinvin en 2010 : http://www.youtube.com/watch?v=xdROsuWCz7w

  • Delphine Regnard (@drmlj)

    Bravo, bravo ! je suis déjà debout à t’applaudir ! et je peux témoigner de la qualité de tes prestations en récitation :-))

  • Clo Tilde (@Clowtilde)

    Très chouette article. Moi quand j’avais quinze ans, je ne savais pas ce que je voulais faire. L’important, c’était de réussir mes études, et du moment que je pouvais encore lire, ça m’allait très bien.
    J’espère sincèrement que tu auras la chance de te lancer dans un métier qui te passionne, que ce soit la danse ou autre, parce qu’avec une passion pareille, tu le mérites 🙂

  • Strangereflexion

    Très bel article encore une fois. 😀

    En lisant tes lignes j’ai vu une petite fille aux yeux brillants faire de grands gestes et de grands sourires. Et ça m’a fait sourire. Je te souhaite de pouvoir réaliser ton rêve, ton projet.

  • lesmotspourlecrire

    C’est beau, cette vocation 🙂 Je pense que tant que tu n’auras pas essayé, tu ne sauras pas si ça peut marcher… Pour me la jouer vieille schnock, quand j’avais ton âge (j’en ai aujourd’hui le double), je voulais être traductrice. J’ai tellement bien écouté les défaitistes qui n’en savaient pas tant que ça que j’ai fait une école de commerce et eu des jobs ad hoc pendant quelques années. Je n’étais pas très bonne, et j’étais surtout malheureuse. Il y a trois ans, j’ai entrepris de me reconvertir, et je fais maintenant ce que j’ai toujours voulu. Ce n’est pas facile tous les jours, mais mes clients m’apprécient, et surtout, je suis heureuse de me lever le matin. C’est difficile pour tout le monde, de nos jours, et la vie est trop courte pour s’encombrer de regrets. Je suis sûre que tu es une comédienne formidable ! 🙂

  • lesmotspourlecrire

    C’est beau, cette vocation 🙂 Tant que tu n’auras pas essayé, tu ne sauras pas si ça peut marcher… Quand j’étais ado, je voulais être traductrice. J’ai tellement bien écouté les défaitistes qui ne voulaient que mon bonheur que j’ai fait quelque chose de plus « sérieux » et de plus « sûr ». Je n’étais pas très bonne, et surtout j’étais malheureuse. Il y a 3 ans, j’ai attaqué une reconversion et suis devenue traductrice. Même si ce n’est pas facile tous les jours, j’adore ma vie et je me sens à ma place. Ce n’est facile pour personne aujourd’hui, et la vie est trop courte pour s’encombrer de regrets. Je suis sûre que tu es une excellente comédienne, alors si tu dois toi aussi galérer, autant que ce soit pour réaliser ton rêve 🙂

  • malenkiki

    Félicitations !

    Bravo pour ce bel article !

    Je me réjouis de constater une telle motivation en toi ! Tu sais ce que tu veux et la direction à prendre, ce n’est pas donné à tout le monde et à ton âge je n’avais qu’une très vague idée de ce que je réaliserai plus tard.

    Oui cette fois j’ai fait court en commentaire… 😉

  • Emmanuel

    Joli billet Mélina !
    J’ai de grands jeunes à peine plus âgés que toi que j’encourage à vivre leurs rêves ou même à aller jusqu’à inventer leur métier; le champ des possibles est large, fais-en autant si tu le veux et peux ! Le reste suivra…
    En formation à Lyon cet automne on nous a incités à retenir deux messages principaux : communiquer vers les autres est un acte de générosité et oser vivre.
    Rien à dire de plus !

  • prettyzoely

    C’est normal que ce billet ait fait la une du journal #MaCabaneauCanada ! j’admire ta détermination ! tu n’es pas #mafilleadorée pour rien ! continue…

  • Quand je serai grande… « L'aile du papillon

    […] d’œil (j’ai failli dire “pied de nez”, et ça la ferait rire aussi) au billet du même nom écrit par mon amie @Ameriquebecoise […]

  • Le grand plongeon | Ameriquebecoise

    […] passionnément ma vie depuis une dizaine d’années et je compte en faire mon métier de quand je serai grande. Un rêve qui je l’espère se concrétisera, un projet de vie. Oui, c’est autour de ma passion […]

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