Archives mensuelles : mai 2013

Changement de priorités

La vie offre parfois des rencontres atypiques. Une personne peut subitement tout à coup faire irruption dans l’existence et la chambouler, la secouer, la renverser. On ne donne plus la même importance aux choses qu’avant, les priorités changent. Cette personne-ci, c’est toi.

Mon cœur prêt à bondir hors de sa cage, il se décroche chaque fois que l’on se parle, chaque fois que l’on se rappelle combien tu comptes pour moi et combien je compte pour toi. Mon cœur prêt à bondir hors de sa cage, il se décroche chaque fois que j’entends ton prénom, chaque fois que tu me glisses à l’oreille des mots, toujours si doux. Mon cœur prêt à bondir hors de sa cage, il se décroche chaque fois que l’on se voit.

On ne s’imagine jamais à quel point quelqu’un peut faire changer une âme de direction. Tu transformes mes lèvres en sourire, mes yeux en regard pétillant, mon cœur en oiseau léger. Tu es le bouclier face à mes découragements, face à mes peines, face à mes angoisses. Comme un moteur programmé pour ne jamais tomber en panne, comme une lampe qui éclaire même en plein jour, comme un Titanic qui fait couler l’iceberg. Avec toi, même la peur ne me fait plus peur.

Merci la vie de m’avoir offert cette rencontre avec toi. Merci la vie de t’avoir déposé à ma porte comme un cadeau au pied du sapin. Merci la vie de t’avoir permis de subitement tout à coup faire irruption dans mon existence et la chambouler, la secouer, la renverser. Merci la vie d’avoir bousculé mes priorités. Merci d’être qui tu es tel que tu l’es. Merci d’exister, mon amour.


Quelqu’un de bien

Mardi 16 avril 2013.

12h35, mon train va bientôt partir. Je compose un à un les chiffres du numéro du cabinet. J’hésite une seconde, puis je me lance. Ça sonne. Une fois. Je commence à stresser. Deux fois…

« Bonjour, oui ?

– Bonjour, j’appelle car j’aimerais prendre rendez-vous.

– Heu… oui, qui êtes-vous ? »

Je me sens idiote. Je prends rendez-vous sans me présenter.

« Kéloufi Mélina, je suis déjà venue. »

Immédiatement, son ton s’adoucit.

« Ha oui. Vous… Quand est-tu disponible, Mélina ? ».

Elle me propose demain mercredi 17 avril à 20h20. Je ne pensais pas obtenir un rendez-vous si rapidement.

J’appréhende. Ça me fait bizarre. Et en même temps je répète depuis au moins deux ans que je voulais la revoir pour lui donner de mes nouvelles et pour la remercier de son aide. Elle, la psychologue qui m’a suivie pendant des années, qui m’a vu entrer dans la vie de l’enfance jusqu’à mes premiers balbutiements de collégienne. Je me souviens de son cabinet : son fauteuil avec un autre fauteuil en face, un divan et un petit bureau. Chaque semaine sur ce petit bureau je me souviens que nous dessinions. L’une commençait un dessin que l’autre finissait. Et en même temps je lui parlais de ma vie. Je me souviens de ce fauteuil sur lequel je n’avais pas envie de m’installer, la place des grands. Et quand j’y repense, je m’imagine demain prendre place sur ce fauteuil, me retrouver face à elle. Les après-midis où j’étais fatiguée, je squattais le divan et me laissais bercer par le bruit du silence.

Je garde tellement de souvenirs de la psy et du cabinet : des photos de maisons grecques blanches à volets bleus, ses lunettes qui retombent sur le bout de son nez, son petit carnet où elle prend ses rendez-vous, sa grande armoire secrète où elle rangeait les dessins que nous faisions ensemble. Déjà à l’époque tout me paraissait si petit. Je me souviens du tableau affiché à côté de la porte. Il y avait le nom d’un artiste grec que je ne retenais jamais, et chaque fois je le lui redemandais, à ma psy. Le nom était écrit avec l’alphabet grec. Je suis sûre qu’il est toujours là ce tableau. Et je suis sûre que la disposition des meubles du cabinet n’a pas été modifiée.

Demain, après des années sans la voir, j’ai rendez-vous avec ma psy. J’en ai toujours parlé au présent, d’ailleurs. Elle n’est pas «mon ancienne psy». Elle est toujours restée «ma psy». Toute l’aide qu’elle a su m’apporter est encore tellement utile à ma vie du présent que ma psy fait partie de la Mélina que je suis aujourd’hui.

**********

Rien n’a changé : la salle d’attente, le cabinet, la psychologue… Cette fois ce n’est ni sur le divan ni au secrétaire que je m’installe, mais sur le fauteuil en face d’elle. A mon arrivée, elle me demande les raisons pour lesquelles elle me retrouve ici, quelques années plus tard. Je le lui explique, tout en évoquant aussi le chemin que j’ai parcouru depuis la dernière fois. Elle se souvient de la 1ère fois que je lui ai rendue visite, quand j’avais 4 ans. Elle se souvient de mes relations fraternelles tendues. Elle m’a parlé du «parcours par toujours facile» que j’ai connu, m’a parlé de mes parents – «un couple particulier, avec des cultures à la fois très proches et que pourtant tout oppose» – grâce à qui j’ai pu évoluer dans un univers riche. Elle n’est pas étonnée de voir qui je suis devenue, la personne que je suis en train de me construire. Je l’ai remercié d’avoir participé à cette construction.

«Je suis touchée, mais je te retourne ce que tu me dis. On a formé une équipe ; si on a avancé c’est parce que tu as bien voulu accomplir ta part du travail. […] Tu es une fille bien, Mélina.

– Heu bah j’essaie de devenir quelqu’un de bien.

– Non non mais je te le dis, tu ES une fille bien.»

Les vingt minutes sont passées très (trop ?) vite, elle m’a redonné rendez-vous. Elle sait où elle va m’emmener, elle sait quel travail est à faire. Et moi je sais que je suis prête : le rendez-vous c’est moi qui l’ai pris, c’était ma propre démarche, et j’ai conscience du travail qui m’attend. Mais surtout, surtout, je suis prête à me remettre en question, à souffrir une nouvelle fois. Car je sais, je SAIS, que j’en sortirai grandie.

Elle a su appuyer là où ça fait mal. J’ai tiré une grande force des séances chez la psy il y a quelques années, une force tellement solide que je me suis presque sentie toute-puissante. Comme si rien ne pouvait me déstabiliser désormais. Il y a des drames de la vie qui peuvent vous démolir tout ça. Ce drame de la vie qui m’a montré que finalement ma force était bien illusoire, et que finalement je suis bien faible. Quelqu’un de fort n’est pas quelqu’un qui est capable d’être joyeux puis de fondre en larmes deux minutes après, comme ça, sans raison apparente.

Je me suis livrée sans détour (en même temps, à 70€ la séance de vingt minutes…). Elle est entrée dans mon intimité, je me suis laissée faire. Cette première séance m’a fait du bien, et déjà avec le peu qu’elle m’ait dit j’ai pas mal de questions à résoudre. A l’époque où j’allais la voir, je n’avais pas conscience de tout ça. Je pensais revenir la voir un jour, je suis revenue au bon moment. En pleine crise identitaire (on appelle ça «l’adolescence») et à un âge où je peux avoir CONSCIENCE des choses. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas octroyée un tel voyage à travers moi-même. Quand la psy m’a dit «tu es quelqu’un de bien», tout mon travail a eu du sens. Et plus j’avance et plus j’apprends à aimer la personne que je suis en train de devenir. Quand je serai grande, je serai quelqu’un de bien.


Capillaire

Le texte que vous êtes actuellement en train de lire, là, maintenant, tout de suite, dans l’immédiat, au moment où vos yeux lisent « au moment où vos yeux lisent » et que… Bref. Ce texte devrait réjouir les plus âgés et leur donner un coup de jeune (oui je vois vos visages intrigués). Hum hum (je m’éclaircis la plume)… c’est bon, je suis prête.

Alors… voilà. On entend souvent l’expression : « J’ai 16 ans et toutes mes dents ». Une sorte de blague relou, pas très drôle, qui se veut légère mais qui est à peu près aussi digeste qu’une intervention de Nadine Morano. Cependant, je suis certaine que vous ne connaissiez pas avant aujourd’hui l’expression : « J’ai 16 ans et tous mes cheveux blancs ». C’est là que nous entrons dans le vif du sujet. Suivez-moi, c’est juste en-dessous ↓

J’ai un problème (je sens bien que je t’aimeuh ♫). Depuis un certain temps, ma masse capillaire brune vire au blanc. En effet, je suis atteinte d’un phénomène naturel de décoloration des cheveux, hérité de mes parents et particulièrement de ma mère (je sais, c’est moche de dénoncer). Je ne vous parle pas là d’un petit cheveu blanc solitaire tellement bien caché que je suis la seule à voir, non ! Je vous parle là de cette phrase que j’entends au moins 9 jours par semaine : « Ho mais… mais Mélina ! T’as des cheveux blancs !? ». Je vous parle là de fils de crâne couleur sel retirés par dizaines. Ma précocité intellectuelle est telle qu’elle déteint sur ma chevelure. Et alors là, attention, nous atteignons le point culminant, le paroxysme de ce billet de blog : j’ai 16 ans et tous mes cheveux blancs.

Les gens ont du mal à me croire quand je leur explique que ma mère a eu ses premiers cheveux blancs à l’âge de 7 ans, et qu’il y a un facteur héréditaire dans le fait que mon brun pâlisse. J’ai tendance à répondre ironiquement que c’est ma sagesse qui me donne un tel teint capillaire. Si j’écris ce texte, c’est avant tout pour tenter de décomplexer. Ça fait tout drôle de me dire que je suis probablement plus grise que la plupart de mes lecteurs (c’est à ce moment-là du billet que normalement les plus âgés sont censés être pris d’un réjouissant coup de jeune). Je me suis dit qu’en pesant le pour et le contre, je pourrais même réussir à être FIÈRE de mes cheveux blancs. Inconvénients (il faut toujours terminer par le positif, pour avoir bonne conscience) : esthétiquement cela casse l’harmonie et la fougue du brun, ça me donne un côté austère, et… et… c’est tout. Finalement, la liste des avantages se pourrait presque écrasante : au cinéma comme au théâtre je vais pouvoir jouer des rôles de femmes plus âgées, ou bien encore tourner sans complexe dans des films en noir et blanc, je vais pouvoir me taper des hommes mûrs, entrer plus facilement dans les soirées, des jeunes auront pitié de moi et me porteront mes sacs de course, pour trouver un poste on me fera confiance car j’aurais l’air d’avoir de la bouteille…

Le plus agréable dans tout ça c’est que, malgré mes cheveux blancs, hé bien… à 16 ans, j’ai encore toutes mes dents !