Paris des Femmes

Jeudi 19 décembre 2013, théâtre des Mathurins. Je me retrouve par un concours de circonstances invitée à rencontrer l’équipe artistique d’un festival de théâtre, le Paris des Femmes. Tour à tour se présentent ainsi Michèle Fitoussi (auteure, journaliste, scénariste), Blandine Le Callet (auteure), Murielle Magellan (auteure, metteure en scène, scénariste), Véronique Olmi (auteure, comédienne, scénariste), Anne Rotenberg (directrice artistique du Festival de la correspondance de Grignan) et Alexandre Zambeaux (comédien).

Le Paris des Femmes

«L’époque est peut-être morose, mais c’est la mienne» amorce Véronique Olmi. Le Paris des Femmes est un festival qui souhaite donner la parole aux femmes en réunissant des auteures contemporaines autour d’un projet théâtral. En France, 75% des textes joués sont écrits par des auteurs masculins. Le Paris des Femmes est un festival, à la fois festif et lieu de création, de passage. Neuf pièces écrites pour l’occasion par neuf auteures sont mises en espace au cours de trois soirées consécutives. L’auteure est mise en avant. Le (ou la) metteur(e) en scène la rencontre préalablement pour mieux comprendre son texte, sa pensée, et ainsi mieux l’appréhender et en être le plus fidèle possible. Les metteur(e)s en scène en quelque sorte sont passeurs(euses) de la parole de l’auteure. Il y a un réel souci de fidélité. Lors des lectures par exemple, les didascalies sont dites afin de ne pas trahir la pièce. Ce qui compte pour l’équipe du Paris des Femmes, c’est d’être au service des auteures avant tout. Exporter le concept est l’une des ambitions de l’équipe artistique. Cette dernière, en revanche, manque davantage de moyens que d’idées. Cela n’empêche pas au succès du festival de croître. De plus en plus de gens viennent spontanément, avec l’envie de découvrir et/ou de soutenir.

Les textes sont mis en espace, ce n’est ni une lecture ni une mise en scène, mais une proposition (de mouvement, de musique, de lumières…). On demande aux auteures d’écrire une pièce de théâtre sur un thème assez large. En 2012 ce fut « Guerres et paix », en 2013 « De bruit et de fureur ». Cette année, le thème s’intitule « La Vie : modes d’emploi ». Les auteures écrivent en respectant certaines contraintes. Elles sont en effet limitées en nombre de mots (4 000 au maximum), de personnages (trois au maximum), de services de répétitions (deux à cinq services par lecture) ainsi qu’en durée (une demi-heure). Les auteures confient une copie du texte à l’équipe du Paris des Femmes qui le confie ensuite à un(e) metteur(e) en scène qui confie ensuite les rôles aux acteurs de son choix. Les metteur(e)s en scène ont la liberté de la distribution.

«De la contrainte naît une liberté, une créativité» sourit Anne Rotenberg, co-fondatrice avec Michèle Fitoussi et Véronique Olmi du festival le Paris des Femmes.

Un laboratoire

Blandine Le Callet vient appuyer le propos d’Anne Rotenberg en racontant sa propre expérience. Pour la romancière, qui n’avait jamais participé au Paris des Femmes auparavant, l’écriture théâtrale ne ressemble pas à son travail romanesque. «Le fait que ça va être incarné, ça modifie l’écriture». La différence avec le roman est que le théâtre se concentre sur le dialogue, «on enlève la béquille de la narration». Ecrire pour le Paris des Femmes a été pour elle : du plaisir sans aucune pression, bonheur, joie, excitation, facilité même. Anne Rotenberg parle de «créativité dans l’urgence». C’est également ainsi qu’Alexandre Zambeaux –metteur en scène pour le festival– envisage la mise en espace des textes : «Si on réfléchit, on n’y va pas […]. C’est comme si on venait voler un instant de la répétition». Il y a donc quelque chose de l’ordre de l’intime. A ce stade (celui de la mise en espace), «tout le monde est sur un fil» ajoute la discrète Murielle Magellan, elle aussi metteure en scène pour le festival. On assiste à un moment de fragilité.

Dans ce festival, il y a quelque chose de gratuit, de l’ordre du don. «On a à inventer notre place» indique Alexandre Zambeaux. C’est comme un laboratoire, autant pour les auteurs que pour les metteur(e)s en scène que pour les comédiens. En effet, c’est une première fois pour chacun d’entre eux car les textes sont inédits. A ce caractère éphémère et nouveau vient s’additionner le propos de Blandine Le Callet : «Le travail d’écriture, c’est solitaire. Je voulais participer à une expérience collective». Et la force du collectif, il n’y a pas de doute, elle est bien là ! On sent l’écoute mutuelle, l’entente, l’objectif commun, l’envie de partage, la confiance que partagent les participants de ce «festival générateur de rencontres» comme le décrit Alexandre Zambeaux.

En quelques mots, le Paris des Femmes c’est : ouverture, rencontres, surprise(s) de la lecture jouée, écoute, nouvelles expériences d’écriture… Le festival met en lumière des textes pour la première fois. Il permet d’assister à une naissance.

Pour apprécier il faut connaître et pour connaître il faut fréquenter

Je suis une fille. Sortie du ventre de ma mère il y a dix-sept ans. Aujourd’hui comédienne. «Mon époque est peut-être morose, mais c’est la mienne» disait Véronique Olmi. Qu’est-ce que cela signifie ?

Dans la préface de « La Vie : modes d’emploi », Véronique Ovaldé écrit sur le Paris des Femmes, «un festival de femmes, un festival où seules les voix de femmes s’exprimeront. Pour le plaisir de mieux les entendre. Parce qu’on les entend souvent d’un peu trop loin. Comme on le sait. Comme on préfère l’oublier […]. Être une femme qui écrit ça n’a rien à voir avec être un homme qui écrit. Une femme qui écrit, elle écrit contre des siècles de mise à l’écart, de silence, de « soit le couvent, soit le mariage », d’ouvrages brodés pendant que les hommes s’adonnaient au bel ouvrage sculpté, érigé, pérenne. Une femme qui écrit, elle écrit contre les préjugés de son propre genre, elle écrit en sortant des tiroirs, elle écrit sans maquillage et sans rouge, elle écrit contre cette phrase que les hommes prononcent souvent en achetant un livre « c’est pour ma femme, vous savez, moi, les livres de femme… », une femme qui écrit, elle écrit pour ne pas être regardée, elle écrit pour être celle qui regarde (l’écrivain, la metteur en scène, la photographe, la peintre, la dramaturge, tous ces mots qui ne se mettent pas au féminin, qu’on n’entend pas être au féminin), elle écrit ce qu’elle voit et ce qu’elle pressent.» Qu’est-ce que cela signifie ?

Le fait que je ne me sente pas interpelée par de tels propos m’interpelle. Je me demande pourquoi. Pourquoi cela me paraît-il abstrait ? Pourquoi ne me sentirai-je pas concernée ? Je suis pourtant une fille, dans mon époque, qui consacre ma vie au théâtre, alors que je sais pourtant bien que les inégalités hommes-femmes existent, pourtant, pourtant, pourtant.

Et pourquoi «pourtant» ? Qu’est-ce que ce mon «pourtant» sous-entend ?

En tant que comédienne, en tant que femme en devenir, je veux être désarçonnée, ébranlée, poussée dans mes retranchements (ou au contraire extraite de mes retranchements). Je n’ai pas la fibre féministe, je n’ai pas eu à développer cette sensibilité. Or je crois que le Paris des Femmes va me donner le bon coup de pied que mon derrière attend et mérite de recevoir.

Je nous aime. Nous, les femmes. Je nous veux le meilleur. Je nous veux le respect. Je nous veux l’estime. Je nous veux la considération. Pourtant… il m’arrive de parler des femmes comme on parle souvent d’elles, comme on parle souvent de nous, parfois comme un objet, parfois comme un être qu’on regarde avant d’écouter, parfois, parfois, parfois. C’est davantage subconscient qu’inconscient, je le crains. Il y a des choses que je ne détecte pas, certes, mais il y a d’autres choses que je pourrais voir si seulement je permettais à ma conscience de s’arrêter sur elles.

Je suis prise à défaut dans une culture irrespectueuse à l’égard des femmes. Je suis tributaire, d’une façon plus ou moins inconsciente, de l’irrévérence du regard porté sur elles, du regard porté sur nous. Parce que cette culture donne l’impression que les femmes n’existent pas autrement que dans ce regard qu’on leur jette. Nous, les jeunes femmes, bénéficions des portes ouvertes par les femmes qui ont vécu avant nous dans leur époque (leur époque qui était peut-être morose mais qui était néanmoins la leur). Cependant nous ne faisons pas attention à ces portes ouvertes. Je ne fais pas attention à ces portes ouvertes. Pour moi ce sont des acquis. Mais de quels acquis je parle ?

Le Paris des Femmes veille à rétablir une vision plus équitable. De fréquenter le festival va me faire connaître ce qui va me permettre d’apprécier la force, la puissance, la tendresse, la complicité des femmes, la solidarité des femmes, la parole des femmes.

Informations complémentaires

Le Paris des Femmes est né en 2012 grâce à ses trois mamans Michèle Fitoussi, Véronique Olmi et Anne Rotenberg. Un recueil des neuf pièces écrites pour le festival Paris des Femmes est paru en décembre 2013. Véronique Ovaldé en assure la préface, Mâkhi Xenakis les petites créatures de la première de couverture. Murielle Magellan, Jean-Philippe Puymartin et Alexandre Zambeaux sont les trois metteurs en scène du festival. Les neuf auteures sont cette année : Emilie Frèche avec Bancale, Florence Huige avec La Clémence ou comme si…, Blandine Le Callet avec Savoir vivre, Carole Martinez avec Les épines de la terre, Véronique Olmi avec Des baisers, pardon, Fabienne Périneau avec Je ne serai plus jamais vieille, Karine Tuil avec La Quarantaine, Delphine de Vigan avec Merci et Alice Zeniter avec D’une infinie élégance. Les lectures des textes du festival auront lieu les 10, 11 et 12 janvier au théâtre des Mathurins, à Paris.

Pour tout savoir du Paris des Femmes 2014 : http://parisdesfemmes.blogspot.fr/

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