Atelier d'écriture

Pour la mémoire

Je me souviens de cette fois où Jeanne m’avait dit : il faut que tu ailles plus loin. Elle m’avait dit : nos corps fiers dans la rue, notre colère brandie au bout de nos poings levés haut, nos chants de lutte résonnant en écho contre les parois des immeubles, ça ne suffit pas. Elle m’avait dit : il faut que tu ailles plus loin, il faut que tu fasses entendre ta voix à toi, qu’elle franchisse les murs de ta chambre et tombe dans l’âme de notre pays, tes mots valent plus que mon silence. Trente ans plus tard, le jour où Jeanne a fait le choix de prendre le large pour toujours, elle m’a laissé une plume. J’ai compris seulement alors ce qu’elle avait voulu me dire.

[…] J’étais dans ma chambre et j’attendais que les mots viennent. À défaut des mots, le chat est venu. C’est un chat qui sait. C’est un chat qui sent. Je ne dis pas cela parce que c’est la mienne. Elle sait la douleur, elle sait l’ennui. Elle sent le cœur qui bat trop vite, elle sent l’absence. Elle remplit le vide avec ses déplacements, son plaisir, son appétit. Elle se blottit à l’endroit exact où le creux me procure le plus de vertige. 

Pardon Jeanne. Contrairement à ce que tu espérais de moi, je n’ai pas de mots. Je ne sais pas dire ce qui bout et bat à l’intérieur. Je n’ai que mon corps pour guide. Je ne sais que contempler ce que je trouve beau, je ne sais qu’aimer ce qui me fait du bien. Pardon Jeanne.

Les mots ne viendront pas. Mais pour la mémoire de toi, je continuerai toujours… de les attendre. 

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