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Harcèlement

Il y a quelques jours, un collégien s’est suicidé parce qu’il était victime de harcèlement. J’ai été profondément émue ce soir en lisant un article au sujet de la mort de ce garçon. Ça m’a fait prendre du recul sur le chemin que j’ai moi-même parcouru, les années de harcèlement traversées, et comment j’ai su m’en sortir.

Du CP à la fin du collège, j’ai été victime de ce fléau. C’était quotidien, c’était répétitif, c’était pesant. C’était devenu invivable, d’une certaine manière. Pour cet adolescent décédé, tous les sens du mot « invivable » se sont appliqués.

Même si l’idée du suicide ne m’a pas effleuré l’esprit, je comprends ce garçon. Je me suis souvent demandée quand tout cela allait se terminer, et comment tout cela pouvait se terminer. Je ne voyais pas d’issue.

Quand des gens n’ont de cesse de rabâcher à longueur de journée que vous ne valez rien, que vous êtes minable, que votre présence les dérange ; quand vous êtes rejeté, insulté, humilié, tous les jours, alors que vous n’êtes qu’un préadolescent dans sa quête d’identité ; quand vous vivez tout cela, vous vous convainquez alors vous-même  d’être réellement minable, de n’avoir réellement aucune valeur, de déranger, de mériter ce rejet, ces insultes et ces humiliations.

Je ne savais pas quelle était la meilleure solution. Quoi qu’il en soit, ce ne pouvait pas être pire. Si on arrive à s’extraire du harcèlement que l’on subit, on ne peut que devenir plus fort, se forger son identité, apprendre à se connaître soi-même, comprendre ses erreurs et celles des autres, s’affirmer. « Si on arrive à s’extraire du harcèlement »…


Se regarder dans un miroir

Se regarder dans un miroir et se trouver moche, ronde et boutonneuse. Et y voir là le reflet de son être.

Cette scène, je la connais bien. Pendant des années, j’y ai eu droit. Et pendant des années, les moqueries des autres ont accentué cette sensation. Pendant des années, j’ai su ce que ça faisait de se détester soi-même.

J’essayais de me convaincre de ne pas faire attention à ce que disaient les gens autour de moi. En vain… J’étais prisonnière. Alors on se renferme, on prend du poids, on se sent seul, on baisse la tête et les yeux, on devient exécrable, on n’ose plus sortir. Ma plus grande ennemie, c’était moi-même.

Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour ne pas mourir étouffée, ça a été de prendre du recul. Un recul à la fois physique et psychologique. Couper les ponts, tout raser, et trouver de nouveaux matériaux pour construire des ponts neufs et plus solides. J’ai refusé d’aller à un lycée aux Mureaux pour ne pas retrouver toutes les personnes qui m’avaient enfoncée encore davantage dans ma propre merde.

Oui. Car j’étais une merde qui baignait dans ses propres excréments. Pardon d’employer des termes si crus, mais je crois qu’ils décrivent plutôt bien la violence de mon mal-être à l’époque.

J’ai déjà abordé ce sujet-là, mais je me sentais d’en reparler : la remise en question sur soi-même. Ça ne se fait parfois pas tout seul. Moi, j’ai été aidée par une psychologue. Elle ne m’a jamais fait la leçon, la morale. A chaque séance, elle me demandait simplement un bilan de ma semaine : mes activités, mes rencontres… J’avais l’impression que mes parents se faisaient arnaquer en payant la psy. Et puis un jour, après plusieurs années de fréquentation, ma psychologue leur a dit qu’il était temps d’arrêter. Ça faisait quelques mois que les séances étaient plus espacées. Et c’est au moment où on a arrêté que tout a commencé, justement. Je faisais le bilan toute seule de ma semaine. Je me demandais à moi-même le ressenti de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai fait et dit aussi. Si je n’étais pas allée voir cette psy, je n’aurais peut-être jamais fait cela.

J’ai alors, petit à petit, tenté de changer les choses pour qu’elles me conviennent. J’ai commencé une marche vers un objectif à atteindre, celui de devenir ce que je voulais ÊTRE au plus profond de moi. Pendant des années, je n’étais pas. Je n’étais rien (sinon de la merde).

Mes perpétuelles remises en question m’ont permise de constater que j’ai réellement évolué depuis ce déclic. Il y a ceux qui ont accepté de me voir tant changer et en si peu de temps, et puis les autres. Je peux notamment mentionner ma sœur ou ma tante, qui ont l’air de refuser d’admettre le changement qui s’est opéré.

Mais pour ces personnes-là je ne peux rien y faire. Il n’y a pas que moi qui devrais me remettre en question.